jeudi, janvier 13, 2011

L'exécution d'Ernest Ouandié

Le 15 janvier 1971, Ernest Ouandié, dernier leader charismatique de l'UPC était exécuté en place publique, à Bafoussam, troisième plus grande ville du Cameroun. Cet événement marque symboliquement la fin de l'espoir politique au Cameroun, porté par ce parti politique (l'Union des Populations du Cameroun) qui lutta dès 1949 pour la sou...veraineté du pays.
Ce parti très populaire, d'aspiration sociale et démocratique, fut interdit par la France en 1955, et passa dans la clandestinité. Ce fut l'occasion, pour la puissance coloniale puis pour le pouvoir mis en place à l'indépendance, d'assassiner les militants et leaders de ce parti. Ainsi, parmi les centaines de milliers de morts, Ruben Um Nyobé, Felix Moumié, Osende Afana puis Ernest Ouandié, esprits libres, indépendants et éclairés, furent assassinés par le poison ou les armes.
En mars 2010, avec l'aide de la Compagnie Feugham de Bafoussam, j'ai souhaité célébrer le cinquantenaire de l'indépendance du Cameroun en reconstituant cette exécution publique. Un dimanche nous nous sommes retrouvés à Bafoussam dans la cour de répétition de la compagnie pour mettre symboliquement en scène cet événement.
Le travail photographique (en cours) consiste à isoler du champ de 11 images noires et blanches prises de cette reconstitution, chaque figure, chaque portrait, renvoyant à chacun son implication et sa propre transmission de l'histoire. La fiction de l'agrandissement par le flou et le grain de l'image éloigne de la ressemblance, de la "justesse" documentaire d'un fait.
Une photo couleur témoigne de la scène.
Ce travail est en cours de tirage au Centre Culturel le Chaplin à Mantes la Jolie sur un traceur Epson Stylus Pro 9880.
Il fera l'objet d'une exposition dans l'année.














vendredi, février 06, 2009

images et histoires / un monument

Les puits du quartier Congo à Douala

Le 24 avril 1960, environ 2000 personnes furent tués par l'armée française au quartier Congo de Douala. Le matin, des milices locales, collaborateurs intéressés de la puissance coloniale eurent le feu vert pour assassiner les militants de l'UPC et leur voler leur bien. Ensuite vers 15h, le feu a pris au 4 coins de ce quartier de maison de bois. Un hélicoptère de l'armée française survolait les maisons et jetait de l'essence pour attiser le feu. Ceux qui voulaient s'en échapper fûrent le plus souvent mitraillés par les soldats qui entouraient le quatier, les autres ont voulus trouver dans les puits des refuges, ils y périrent.
Le lendemain, les corps sans vies qui jonchaient les ruelles furent eux aussi jetés dans les puits. A 10h, ce lundi 25 avril 1960, les buldozzers rasaient tout le quartier espérant effacer les traces du massacres.

Cette série d'images se décline à 2000 exemplaires, constituant ainsi un monument à la mémoire des disparus du quartier. Ce monument ce construit lentement. Au Collectif 12, du 6 au 14 décembre 2008, il s'est agit de 15 images de tailles différentes, le 20 décembre à l'Avant Rue ( Paris) une image unique fut tirée à 75 exemplaires.
Ce site comporte les 6 images du monument actuel.
Il me reste à présenter 1904 images zénithale de ces puits.








































































mardi, mars 20, 2007

images et histoires / intentions

Je mêne une reflexion sur la photographie noire et blanche, à Douala au Cameroun, puis vers l'Ouest du pays. Je mets cette photographie et sa plasticité radicale, lunaire et manichéenne (le noir et blanc) au centre d'un point de vue sur une histoire des rapports entre blancs et noirs, au regard des couleurs de peaux des corps, de l'histoire de nos rapports humains, politiques et économiques. Enfin, je regarde l'histoire de cette photographie, dans l'histoire de l'art et dans sa dimension de document historique, dans une problématique du regard sur l'Autre, où plus exactement comme au centre d'une production de références formelles et idéologiques.

Je présente plusieurs séries qui ont été réalisées durant plusieurs années, aux cours de voyages au Cameroun, avec comme point d'arrivée, le quartier New Bell (Ngangué) de Douala. J’ai interrogé le contexte de ce quartier, et je travaille directement avec les gens, en autoproduction. Je suis accompagné par des amis artistes, ou habitants, ou intellectuels. Certains cherchent comme moi ce qui se cache vraiment derrière l'idée de différence, certains me guident dans l'Histoire du pays.
J'interroge des représentations et des figures: le lieux du crime, le héros, l'image du blanc, l'Histoire. Je place cette image noir et blanc à la naissance d'une preuve, celle d'une réalité physique et d'un temps. Je travaille son aura de souvenirs et de mémoires, avec l'idée du document d'histoire. Je cherche à mettre en rapport cette photographie avec des réalités contemporaines, dont il m'apparaît qu'elles sont inscrites dans l'histoire politique des rapports entre "Le Noir" et "Le Blanc". Je questionne l'histoire de l'art, Leni Rifensthal et son histoire de divinité nazi (les dieux du stade) et de divinité primitive (les Nouba), une photographie de Man Ray, "la noire et la blanche".
Enfin, j'utilise cette photographie noire et blanche dans nos codes de mémoire pour évoquer l'histoire politique et les massacres commis par l'armée française au tournant des années soixante.
J'aime la tradition française de la pensée de l'Histoire, je suis sensible au patrimoine dans son sens large, j'utilise l'archéologie, elle sait l'Histoire dans une proximité invisible, enfouie dans le sol, au contact de nos pieds, et sur laquelle nous bâtissons.


Philippe Niorthe
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Maquette d'une image crédible comme une réponse contemporaine à Man Ray

Pauline malade. mars 2004 (montage informatique)






Pour mémoire


Man Ray.
La noire et la Blanche. 1926

lundi, mars 19, 2007

images et histoires / l'académie

Mars 2005



















Premier travail photographique réalisé au Cameroun en mars 2005
Série sur la représentation du modèle, réalisée, tirée puis exposée au quartier New Bell. Photographies 24X36 N/B d'Henri Murphy, acteur social du quartier et handicapé physique (il a eu la polio).
Les poses et le travail de laboratoire furent réalisé a K-Factory, local d'exposition, atelier et résidence, à l'époque, gérée par le cercle Kapsiki
Cette série regarde la représentation du "héros-modèle" et place l'académique dans une pespective politique de représentation.
J'ai cherché avec l'académie , une référence à la pratique et à l'exercice d'école. Une manière de prendre une place d'élève avec le médium. Et de profiter de cette place d'élève pour évoquer un cancre qui ferait des graffitis obscènes sur des tirages de Leni Riefensthal.

Photos parues dans la revue Sud Africaine
Chimurenga 10 : Futbol, Politricks & Ostentatious Cripples
http://www.chimurenga.co.za/index.php
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dimanche, mars 18, 2007

images et histoires / le paysage

Février 2006
Région du Haut N'Kam, aux environs de Bouffoussam

Ce deuxième travail évoque pour la première fois de l'histoire du pays, des drames des crimes et des lieux marqués par une mémoire collective. Il se trouve qu'ils sont imputables à l'armée Française, avec le gouvernement qui va derrière, c'était entre 1955 et 1970. L'affaire parait énorme mais les calculs vont de 200 000 à plus de 400 000 morts. Ce sont des lieux symboliques de l'Histoire de France, quand, aux alentours de l'année 1960, et de l'indépendance du pays, l'armée française massacrait ou organisait le massacre des sympathisants de l'UPC, par peur de voir déferler dans ce qu'elle considérait comme son territoire, un socialisme ou/et un communisme capable de remettre en cause des intérêts économiques et stratégiques.
Ce travail est un travaill sur le paysage, lieu du crime et fiction de celui-ci.
Il se décompose en deux séries, le lieu dans son objectivité et sa présentation documentaire, et le lieu comme porteur d'une histoire, avec une proposition de fiction.
La première série va de Bouffoussam, à Bamendjou, à Mjombé et à des lieux naturels (Lac Baleng, chutes de la metche) qui, a un moment de cette histoire virent des exécutions, des têtes coupées pour intimider la population, des meurtres de masse. Il s'agit pour moi de me mettre dans la position de l'inspecteur de police, de légiste.

Les lieux du crime
Ouest du Cameroun, région de Bafoussam.


Photos du maquis.
La deuxième série évoque une fiction d'histoire. Dans ces lieux d'une nature luxuriante, j'évoque, avec le feuillage des arbres, les reflets dans l'eau ou les broussailles, cette "chair" de paysage que je veux voir fertilisée par les nombreux morts.





samedi, mars 17, 2007

images et histoires / une histoire

Février 2006
La nuit Bana

Cette nuit là, j'ai voulu me mettre en condition, le lendemain, j'allais rencontrer des gens, des lieux, des histoires et j'aurais une boite à prendre des images avec moi.
J'aurai pu travailler la journée, mais j'ai raté le soleil, il ne m'avais pas attendu.
Alors j'ai fais où j'étais, devant une maison, par une nuit sans lune. Avec en tête les histoires politiques de 1960, les assassinats dans les villages.
Une chèvre était derrière moi, elle m'a rappelé:
"....
Alors le monstre s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse.
Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Séguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se disait :
- Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...

....
et piu lou matin lou loup l'a mangé " Alphonse Daudet

Elle avait mangé en combattant,
pourquoi ?
Alors qu'elle savait qu'elle allait mourrir.























vendredi, mars 16, 2007

images et histoires / le tourisme

Novembre 2006
La photo touristique comme preuve contemporaine de l'histoire.

Je suis au Cameroun avec le statut de touriste, c'est marqué sur mon visa. Je suis donc invité à regarder ce pays que je fréquente. Je sais que le paysage qui s’offre à moi est un dessin de l'histoire.

Le tourisme avec son envie de voyage est une forme occidentale et contemporaine, celle d’un engagement de soi, qui pourrait s'apparenter à une sorte de " performance " à la portée de chacun, plus exactement une expérience performative physique, sensorielle et espérons spirituelle. Il est par contre une forme banalisée du rapport à l'autre, opérant ici et là, dans la recherche de tous les conforts. Le confort matériel qui se juge en terme d'étoiles à l'hôtel et le confort intellectuel qui conforte sa propre histoire et réconforte sur une manière d'appréhender le monde: la collusion pratique entre l’histoire et la géographie. Le tourisme est aussi, par la masse grandissante des touristes, un nouveau vecteur idéologique, et peut-être une nouvelle forme de média.

Le tourisme culturel est celui qui voudrait que l'on aille à la rencontre de l'autre, entre la culture, la grande avec ses architectures debout ou couchées par les temps et les volcans, et la petite dans le marché de la ville, le " souk " avec ses épices et cet ailleurs qui rentrerait par les narines avec les délices de l'ignorance.
Il se trouve que le parfum de mon ailleurs sent le brûlé.

























Je suis au Marché Congo, ex Quartier Congo, incendié pour les intérêts d'une certaine politique Française en Afrique (le refus de indépendance politique, de l’UPC: Union de Populations du Cameroun) par des militaires français et camerounais, et par des milices locales, déléguées aux basses oeuvres aux alentours de l'année 1960.
Des centaines de morts sans doute, brûles ou asphyxiés, tués par les mitraillettes pour ceux qui essayaient de sortir du quartier, morts dans les puits pour ceux qui voulaient échappés aux flammes et aux balles. C'est un lieux de notre histoire, indiscutablement, la présence française avec sa responsabilité directe en fait un lieu de l'Histoire de France. Mon désir de culture générale, et ma passion pour mon histoire me pousse à enquêter aujourd’hui dans la mesure où personne ne m'a enseigné de manière critique l'histoire contemporaine.
L’histoire est pour moi vierge d’images, je prends une liberté-responsable dans la construction d’un aujourd’hui de mémoire: c’est l’image de ma présence “touristique” qui donne à la maison le statut de monument.

























A l’exception de la photo “la question du tourisme...” cadrée par moi, les autres ont été prises par Patrick Wokmeni. Patrick est un habitant du Quartier que j’habite, c'est aujourd'hui un ami, il a toujours été proche des activités artistiques du quartier. Je l’ai initié à la photo dès 2003, à chacune de mes venues, il a “mitraillé” le quartier. Pour ce travail, nous avons mis au point un protocole simple : je marche ou je pose, je te dis les lieux où les photos m’intéressent, tu cadres comme tu veux.

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